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Journal des débats de la Commission de la culture et de l’éducation, Assemblée nationale, vol. 44, n. 5, 2 juillet 2014.

“Mme Hivon : Je vais donc passer à un autre sujet dans la rubrique des décisions annoncées rapidement par le ministre à la suite de son assermentation comme ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur. Donc, Mme la Présidente, dès le 25 avril — le ministre a donc été nommé, assermenté le 23 avril — et, dès le 25 avril, il donnait une entrevue dans laquelle il annonçait l’abandon, donc, la mise de côté du cours d’histoire au cégep. Donc, je dois vous dire que, encore une fois, on a été assez étonnés de cette annonce. Étonnés parce que ça apparaissait, pour le moins, rapide qu’en l’espace de 48 heures, le ministre, à travers tout ce que comporte l’arrivée en poste dans un nouveau ministère, il ait déjà eu l’occasion, donc, de se faire une tête sur la pertinence du cours d’histoire au niveau collégial. Et, d’autant plus, nous avons été d’autant plus surpris que les raisons que le ministre a évoquées, c’est de dire que, si le nouveau cours devait voir le jour, ce sera avec un contenu plus neutre, et il n’y aura pas de teinte politique. L’objectif, c’est qu’il y ait une bonne formation, mais ça va être une formation plus objective. Je dois vous dire que ça nous a surpris, parce que, oui, il y a des gens qui ont émis des questions par rapport au moment de l’entrée en vigueur du cours, il y en a qui ont dit qu’il faudrait revoir plus largement la formation, donc, générale, mais le contenu du cours, ce n’est pas quelque chose qui a été remis en cause, d’autant plus que, lorsqu’on est au niveau collégial, ce n’est pas comme lorsqu’on est au niveau secondaire, il n’y a pas un manuel uniforme qui vient donner le détail du cours.

Donc, j’aimerais que le ministre m’explique comment il a réussi, dans un premier temps, à se faire une tête, en un temps d’à peine deux jours, sur la pertinence du cours d’histoire, et, deuxièmement, comment il peut avoir évoqué le contenu du cours qui n’existe pas à ma connaissance.

La Présidente (Mme Rotiroti) : M. le ministre.

M. Bolduc (Jean-Talon) : Merci, Mme la Présidente. D’abord, pour le délai, bien, même quand j’étais dans l’opposition, je lisais les journaux à chaque jour. Puis j’ai lu également tous les commentaires, par rapport à ce cours d’histoire là, qui venaient de tous les horizons. Et je suis un peu étonné de la question parce que tout le monde, sauf quelques professeurs d’histoire, était opposé, tout le monde, sauf les professeurs d’histoire du cégep et le ministre de l’Enseignement supérieur du moment. Et, pour nous, définitivement, c’était pratiquement une commande politique d’obliger un cours d’histoire au cégep. C’est aussi simple que ça.

Ce qui, en passant, n’est pas le même raisonnement qu’au secondaire. Au secondaire, j’ai approuvé le cours qui va être donné, je suis d’accord avec la démarche, sauf que le cours n’était pas prêt à être mis en place pour l’automne. Et ça, encore là, la majorité des gens le reconnaissaient, que c’était mieux d’attendre une année pour être certain de ne pas rater cette réforme au niveau du cours d’histoire.

Et, pour le cégep, là, tous les intervenants, la fédération des professeurs, les directions des cégeps, tout le monde disait que ça ne faisait aucun sens de mettre un cours obligatoire d’histoire. Ça enlevait, en plus de ça, un des deux seuls cours facultatifs, ça mettait même en péril les formations des différentes techniques tout simplement parce qu’eux autres il faut un cours complémentaire dans leur formation privilégiée pour être capable d’avoir les compétences.

Je suis très étonné parce que ça a fait l’unanimité ou à peu près, et personne ne veut du cours d’histoire obligatoire au cégep. Et, ça, ça a été reconnu par tout le monde.

La question politique, je veux la toucher parce qu’on sentait vraiment, dans ce dossier-là — puis je n’ai pas besoin d’avoir été là longtemps en place, ça avait été décrit dans les journaux, dont Le Devoir, LaPresse, Le Soleil — qu’il y avait beaucoup d’opposants au cours obligatoire — je ne parle pas d’un cours facultatif, du cours obligatoire qui devait avoir lieu au cégep — tout simplement parce que ça ne faisait pas de sens. Donc, on sentait vraiment qu’il y avait une commande là de la part du ministre, que j’ai annulée très rapidement.

Et je tiens à le dire : il n’y aura pas de cours d’histoire obligatoire au cégep, parce que je les ai rencontrés, les intervenants, qui m’ont confirmé que ça a été une excellente décision. Donc, on n’avait pas à attendre pour prendre cette décision-là. Par contre, il peut y avoir un cours facultatif au cégep, puis on va juste s’assurer que le cours respecte l’objectivité de l’histoire, comme on s’est assurés que le cours respectait l’objectivité de l’histoire au niveau du secondaire.

Et, je tiens à le dire, Mme la Présidente, je suis très satisfait du cours d’histoire qui va se mettre en place au cours de l’année 2015‑2016. Et présentement nos gens travaillent sur le contenu pour s’assurer que, quand ça va être mis en place, ça va être bien mis en place, et ce ne sera pas une réforme précipitée dans un objectif de justement qu’il y ait un côté politique à l’histoire du Québec. Pour moi, Mme la Présidente, je me suis assuré qu’il y aura un côté objectif, et quel que soit le parti, on ne pourra pas critiquer le cours d’histoire, tant au niveau du secondaire qu’au niveau du cégep.

La Présidente (Mme Rotiroti) : Mme la députée.

Mme Hivon : Oui. Merci, Mme la Présidente. Encore une fois, je trouve la réponse du ministre complètement fascinante. Il est en train de nous dire qu’un cours d’histoire, c’est une décision politique — un cours d’histoire — alors que je pense que c’est fondamental, pour toute nation qui se respecte, d’avoir des cours d’histoire, de connaître son histoire. Et je pense qu’avec la maturité qu’on a au cégep, c’est certainement une bonne chose de pouvoir poursuivre les apprentissages du secondaire en pouvant approfondir l’histoire.

Et là où je suis complètement en désaccord avec le ministre… je l’ai reconnu d’entrée de jeu, que, oui, il y a eu des questionnements par rapport au moment de l’entrée en vigueur, il y a eu des questionnements par rapport à la formation générale, est-ce qu’on devrait revoir l’ensemble de la formation générale, mais pas sur la question de savoir si c’était pertinent d’avoir un cours d’histoire ou non au secondaire… Au cégep. En fait, ce que le ministre est en train de me dire : c’est lui qui fait l’aveu que c’est une décision idéologique, comme si l’histoire ne pouvait pas être quelque chose de valorisé, qu’importent les allégeances politiques, dans une société comme la société québécoise. C’est comme si tout ce qui est lié à l’identité, à l’histoire, donc ce sont des questions qui relèvent uniquement du Parti québécois. Le Parti libéral ne peut pas trouver que c’est une bonne idée d’avoir un cours d’histoire au cégep pour que les étudiants québécois connaissent leur histoire.

La Présidente (Mme Rotiroti) : M. le ministre.

M. Bolduc (Jean-Talon) : Bien, Mme la Présidente, c’est moi qui est fasciné. Il y a à peu près juste le Parti québécois et quelques profs d’histoire qui étaient d’accord avec l’obligation d’avoir un cours d’histoire. Tous les autres intervenants, y compris les professeurs, les associations étudiantes, les directions de cégep… s’il y a quelque chose qui faisait quasi l’unanimité dans la société, c’était cette obligation d’avoir un cours d’histoire. On est d’accord pour qu’il y en ait un, cours d’histoire, au cégep, mais facultatif. Et l’autre élément qui est important, c’est que les gens nous disaient : ça nuirait à leur formation générale, et, pour les techniques, ça les empêchait même peut-être de compléter en trois ans leur formation parce qu’ils allaient chercher ce cours-là, justement ce cours complémentaire, pour compléter leur formation technique.

Moi, Mme la Présidente, je suis fasciné de voir qu’un parti décide de mettre obligatoire un cours d’histoire au cégep. On y croit, dans l’histoire. On va compléter au secondaire, on va le rendre facultatif au cégep, mais pas le rendre obligatoire.

D’ailleurs, je suis très surpris qu’elle est fascinée parce que, quand on lit les journaux, là, ça faisait quasi l’unanimité, sauf quelques lettres de profs d’histoire du cégep, que je respecte, puis eux autres le voulaient obligatoire. Mais même les autres profs n’étaient pas d’accord avec ça. Ça fait que là, je pense que si qu’elle est plus fascinée, là, je pense que c’est moi qui est le plus fasciné que la députée, parce qu’honnêtement, c’est quelque chose qui est une décision facile à prendre et qui a été salué par la majorité des intervenants, c’est celle-là. Également, je suis d’accord avec la députée : oui, il faut faire une révision du programme général, ce qu’on va regarder au cours de la prochaine année, parce que le cours date déjà de… le programme général date déjà de plusieurs… peut-être de plus d’une vingtaine d’années. On devrait essayer de revoir, voir s’il n’y aurait pas moyen de l’améliorer. On va le travailler en collaboration, mais personne ne nous a dit qu’on devait rendre obligatoire un cours d’histoire.

La Présidente (Mme Rotiroti) : Mme la députée.

Mme Hivon : Je veux juste porter à l’attention du ministre que, justement, il y a eu un changement qui a fait en sorte, lors de la dernière réforme, qu’il y ait maintenant deux cours d’histoire, d’anglais obligatoires. Alors, c’est très bien, mais moi, je pense qu’il n’y a rien qui soit scandaleux à penser que les étudiants du collégial puissent avoir un cours d’histoire obligatoire si on a décidé que, pour parfaire la formation en anglais du secondaire, il fallait mettre deux cours d’anglais au collégial. Je m’explique mal pourquoi le ministre est si outré et dit que c’était une commande politique de venir dire qu’au Québec, il va y avoir un cours d’histoire au niveau collégial.

Mais j’ai entendu que, pour lui, c’était une fin de non-recevoir et j’aimerais donc savoir quel est son échéancier pour la révision, donc, de la formation générale. Est-ce que c’est un chantier qu’il entreprend et, si oui, avec quel échéancier?

La Présidente (Mme Rotiroti) : M. le ministre.

M. Bolduc (Jean-Talon) : Merci, Mme la Présidente. D’abord, là, je suis encore un peu étonné qu’on me dise que ça devait obligatoire, parce que presque tous les intervenants, et je le rappelle, presque tous les intervenants du réseau de l’éducation, des cégeps, s’étaient opposés à l’obligation d’un cours d’histoire. Donc, je ne sais pas comment on peut interpréter ça quand presque tout le monde fait l’unanimité contre une décision qui avait été prise très rapidement, je pense, dans un objectif que le ministre de l’époque devra en répondre lui-même. Mais, pour moi, c’était clair que c’était une décision qui devait être renversée rapidement.

Pour ce qu’il s’agit de la révision, on attend le rapport Demers et, oui, on va regarder et on n’a pas à donner d’échéancier aujourd’hui. Au cours de la prochaine année, on va prendre position par rapport à ce que devrait être la révision du programme général au niveau du cégep. De plus, donc, à ce moment-là, on établira les échéanciers en gouvernement responsable.”

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Dans: Enseignement de l'histoire du Québec